L’ASEAN place les réseaux transfrontaliers au cœur de sa sécurité énergétique
Le nouvel état des perspectives énergétiques de l’ASEAN relie intégration régionale et risques pétroliers. Les objectifs de 2030 datent de 2025 ; la réserve philippine reste un projet pour fin 2027.
Par Global Bole News
Compilation des sources

La coopération énergétique de l’ASEAN répond simultanément à deux pressions : les risques immédiats pesant sur les approvisionnements en carburants et la croissance durable des besoins en électricité. Publié le 8 octobre, le communiqué conjoint de la 44e réunion des ministres de l’Énergie de l’ASEAN inscrit la fiabilité de l’approvisionnement, les interconnexions régionales, l’investissement et la transition énergétique dans un même programme. La réunion s’est tenue le 7 octobre à Pasay, dans l’agglomération de Manille, aux Philippines. Publiée et présentée le 8 octobre, la neuvième édition des perspectives énergétiques de l’ASEAN donne un rôle central à la coopération régionale pour réduire la vulnérabilité du système.12

Illustration générée par IA : lignes électriques, éoliennes et panneaux solaires évoquent la coopération des réseaux régionaux et la sécurité énergétique ; il ne s’agit pas d’un lieu réel ni d’un projet achevé.
Des trajectoires plutôt que des prévisions certaines
Le rapport du Centre de l’ASEAN pour l’énergie s’appuie sur les données historiques de 2005 à 2024 et prolonge l’analyse jusqu’en 2060. Il compare trois scénarios : poursuite des tendances actuelles, réalisation des objectifs nationaux annoncés et transition régionale davantage coordonnée. Les auteurs décrivent des trajectoires cohérentes fondées sur des hypothèses, plutôt que des résultats futurs certains. Les échanges transfrontaliers d’électricité, l’efficacité énergétique et la coordination des investissements distinguent le scénario commun de politiques nationales conduites séparément.2
Cette différence importe pour comprendre les réseaux. Une interconnexion ajoute une voie de transport, mais permet aussi à plusieurs marchés de partager des sources d’électricité et des moyens d’équilibrage. Toutefois, une combinaison économique dans un modèle exige encore des projets concrets, des règles d’échange et des financements. La coopération régionale élargit les possibilités ; chaque pays doit toujours réaliser les infrastructures.
Les objectifs de 2030 ont été adoptés l’an dernier
Les objectifs de 30 % de renouvelables dans l’approvisionnement total en énergie primaire et de 45 % dans la capacité électrique installée ne constituent pas de nouveaux engagements pris lors de cette réunion. Les ministres les ont approuvés le 16 octobre 2025, avec une baisse de 40 % de l’intensité énergétique par rapport à 2005, dans le Plan d’action pour la coopération énergétique 2026–2030. L’énergie primaire couvre aussi des usages extérieurs à l’électricité ; la puissance installée mesure la capacité des équipements. Aucun de ces indicateurs ne se confond avec la part des renouvelables dans la production électrique effective.3
Le nouveau rapport précise l’effort nécessaire. Atteindre 45 % de capacité renouvelable en 2030 suppose environ 26 gigawatts d’installations supplémentaires par an, soit près de quatre fois le rythme de la décennie précédente. Dans le scénario de transition coordonnée, les interconnexions transfrontalières sont multipliées par environ vingt d’ici à 2060 et les échanges entre sous-régions du réseau par environ douze. Ces chiffres décrivent une trajectoire modélisée, pas des projets déjà approuvés ou des financements acquis.2
Les réserves pétrolières offrent une autre protection
Les réseaux et les renouvelables nécessitent des travaux à moyen et long terme. Les risques d’approvisionnement en carburants exigent aussi une protection plus immédiate. Selon Reuters, le 8 octobre, la secrétaire philippine à l’Énergie, Sharon Garin, a annoncé un projet de réserve pétrolière nationale d’ici à fin 2027, éventuellement transformable ensuite en réserve régionale. L’accueil de stocks régionaux et les conditions de vente resteraient du ressort des pays concernés. Il s’agit d’un projet annoncé, pas d’une installation achevée.4
Les stocks et les énergies alternatives remplissent des fonctions différentes. Davantage de réserves permet de gagner du temps lors d’une interruption brève ; l’efficacité et l’électrification peuvent progressivement réduire la demande pétrolière dans certains secteurs. Même avec une électricité moins carbonée, l’évolution des transports et des autres usages des carburants prend du temps. Les deux démarches doivent donc avancer en parallèle.
Transformer les objectifs communs en marché régional opérationnel
Pris ensemble, le programme de la réunion et le rapport montrent que sécurité énergétique et réduction des émissions deviennent deux dimensions des mêmes investissements. Les progrès décisifs porteront sur le raccordement des nouveaux projets renouvelables, la stabilité du commerce transfrontalier d’électricité et la transformation des plans de réserve en stocks réellement mobilisables.
La coordination présente aussi des limites pratiques. Relier davantage de sources électriques nécessite de répartir les capacités de transport, les responsabilités d’approvisionnement et les coûts. Accroître le stockage pétrolier implique achats, rotation des stocks et règles d’utilisation en urgence. Ces modalités détermineront l’utilité des engagements communs en cas de variations de prix ou de rupture d’approvisionnement. La nouveauté d’octobre réside dans la tentative de traduire des objectifs existants en actions coordonnées, plutôt que dans une nouvelle annonce des pourcentages de 2030.
Notes et sources
-
2026-10-08 · Communiqué conjoint de la 44e réunion des ministres de l’Énergie de l’ASEAN · ASEAN ; communiqué conjoint, réunion tenue le 2026-10-07. ↩
-
2026-10-08 · Neuvième édition des perspectives énergétiques de l’ASEAN · Centre de l’ASEAN pour l’énergie ; neuvième édition des perspectives énergétiques, données historiques de 2005 à 2024 et scénarios jusqu’en 2060. ↩ ↩2 ↩3
-
2025-10-16 · Les ministres de l’ASEAN adoptent le plan APAEC 2026–2030 pour renforcer la coopération énergétique régionale · Centre de l’ASEAN pour l’énergie ; adoption du plan de coopération énergétique. ↩
-
2026-10-08 · L’Asie accélère ses stocks pétroliers et les renouvelables face à la guerre en Iran · Reuters, repris par MarketScreener ; article sur les stocks pétroliers et les renouvelables, mis à jour à 10 h 40, heure de l’Est des États-Unis, le même jour. ↩


