Au-delà de l’expansion des batteries, la valeur du stockage pour le système électrique
Comment les coûts des équipements, les usages et les règles du marché transforment le stockage en services fiables et en revenus durables.
Par Global Bole News
Recherche et synthèse
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La conférence du 15 octobre à Ningde a prôné la prévention d’une expansion aveugle des batteries et le développement du stockage ; le communiqué du MIIT n’annonce ni autorisations ni règles de subvention.1
Pour les acteurs de la filière, cette annonce pose une question concrète : une fois les batteries produites, comment les transformer en services énergétiques fiables et rémunérateurs ? Pour y répondre, il faut distinguer la fabrication de batteries de l’exploitation des projets de stockage. La première porte sur les matériaux, les procédés, les rendements de production et les livraisons. La seconde doit aussi déterminer quand charger, quand décharger, à qui fournir un service et comment celui-ci sera rémunéré. L’augmentation des capacités de fabrication peut améliorer l’offre d’équipements, mais elle ne peut remplacer à elle seule les conditions de raccordement et les règles des marchés de l’électricité.

Photo d’archives : l’installation de stockage par batteries de Theiss, en Autriche, le 31 juillet 2024. Bp 95 / Wikimedia Commons, CC BY 4.0.
La baisse des coûts élargit le champ des applications
Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Les batteries et des transitions énergétiques sûres (titre traduit), publié en avril 2024, fournit des données historiques utiles pour comprendre l’évolution de la filière : entre 2010 et 2023, le prix des batteries lithium-ion est passé d’environ 1 400 dollars par kilowattheure à moins de 140 dollars, soit une baisse cumulée d’environ 90 %. Le rapport relie cette évolution aux progrès de la recherche-développement et à l’augmentation de l’échelle de production. La baisse des prix a progressivement fait des batteries, auparavant composants importants de l’électronique grand public, des équipements déployés à grande échelle dans les transports et les systèmes électriques.2
Le même rapport indique qu’en 2023, la puissance de stockage par batteries ajoutée dans le secteur électrique mondial a atteint 42 gigawatts, soit un volume de déploiement plus de deux fois supérieur à celui de l’année précédente. Ces chiffres correspondent à l’année historique de référence 2023. Le gigawatt mesure une puissance, tandis que le gigawattheure mesure une quantité d’énergie stockée.
L’intérêt de cette baisse ne se limite pas à vendre les batteries moins cher. Un investissement initial plus faible dans les équipements permet d’envisager davantage d’usages dont la rentabilité était auparavant insuffisante : grandes installations de stockage, stockage chez les ménages et les entreprises, ou petits systèmes électriques hors réseau. Il subsiste néanmoins un écart entre le prix d’une cellule et le coût d’un projet complet. Dans son analyse des coûts des projets, l’AIE inclut explicitement l’installation, les autres équipements et les dépenses de développement. Pour un acheteur, comparer les solutions sur le seul prix unitaire des cellules risque donc de laisser de côté d’autres dépenses nécessaires à la fourniture d’un même service.
Une même batterie peut répondre à des besoins différents
Le rôle du stockage peut se comprendre dans sa dimension temporelle : déplacer l’énergie électrique d’une période à une autre pour atténuer le décalage entre production et consommation. Selon l’AIE, les batteries conviennent à la fourniture d’une flexibilité de courte durée, sur une à huit heures consécutives. Elles peuvent aussi répondre rapidement aux signaux du système et contribuer à la stabilité du réseau. Ces deux usages sont distincts : le premier privilégie la capacité à fournir de l’électricité pendant une durée donnée, tandis que le second met l’accent sur la rapidité et la précision de la réponse.2
Évaluer un projet ne consiste donc pas seulement à demander combien de batteries il comporte. Il faut aussi savoir s’il vise la pointe de consommation du soir, la congestion d’un réseau local ou un problème d’exploitation exigeant un ajustement rapide. La capacité prévue, les modalités réelles d’exploitation et les sources de revenus doivent être cohérentes entre elles. Si les services proposés ne correspondent pas aux besoins du système local, une augmentation du nombre d’équipements ne se traduit pas nécessairement par un gain équivalent de valeur d’usage.
Le choix technologique dépend lui aussi de l’application. Dans son bilan du marché de 2023, l’AIE indique que les batteries lithium-fer-phosphate représentaient environ 80 % des nouveaux déploiements de stockage par batteries cette année-là. Le rapport explique que, par rapport aux véhicules, le stockage stationnaire impose généralement des exigences moins fortes en matière de densité énergétique, ce qui donne davantage de poids à des facteurs tels que le coût et la durée de vie. Le choix d’une technologie doit donc être lié à l’usage envisagé, plutôt que reposer sur la comparaison d’un seul indicateur de performance.

Photo d’archives : intérieur d’une armoire de stockage par batteries KJUUBE pour systèmes photovoltaïques, le 30 novembre 2020. Asurnipal / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Les règles du marché déterminent si les services génèrent des revenus
Les capacités techniques d’une batterie ne garantissent pas que son exploitant sera rémunéré en conséquence. Dans ses recommandations, l’AIE souligne la nécessité de permettre au stockage d’accéder aux marchés adaptés et de traduire ses différentes contributions au système électrique dans les signaux de prix. Le rapport aborde également les batteries installées chez les consommateurs : lorsque les tarifs de l’électricité reflètent mieux l’évolution des coûts du système, les choix de charge et de décharge des utilisateurs ont davantage de chances de s’accorder avec les besoins du réseau.3
Cela explique pourquoi la réflexion sur le stockage ne peut s’arrêter à l’usine. Après la livraison des équipements par le fabricant, le projet doit encore s’insérer dans un cadre concret d’exploitation du système électrique et d’échanges commerciaux. Pour les entreprises, la validation des performances des équipements et celle des hypothèses de revenus doivent recevoir la même attention. La première détermine si les équipements peuvent remplir durablement leur fonction ; la seconde précise qui paiera pour ce service et selon quelles règles.
L’AIE mentionne aussi la possibilité, lorsque les conditions le permettent, de regrouper des batteries dispersées chez les consommateurs au sein de centrales électriques virtuelles, afin de fournir des services comparables à ceux de grands projets. L’enjeu est de coordonner le comportement de nombreuses petites ressources, et pas simplement d’additionner leurs capacités. La possibilité d’agréger les projets, les marchés auxquels ils peuvent accéder ainsi que les modalités de comptage et de règlement dépendent toujours des règles effectivement en vigueur sur place.
La demande à long terme ne garantit pas le succès de chaque expansion
Lorsqu’on examine la demande de batteries, il faut également distinguer les statistiques historiques des calculs fondés sur des scénarios. Dans le scénario de son rapport de 2024 visant zéro émission nette à l’horizon 2050, l’AIE estime que la puissance mondiale de stockage par batteries atteint environ 1 200 gigawatts en 2030. Ce chiffre décrit les évolutions nécessaires pour suivre une trajectoire énergétique et climatique donnée ; il ne constitue pas une prévision inconditionnelle de commandes.2
Le rapport souligne également la concentration géographique de la chaîne d’approvisionnement des batteries, de l’extraction des minerais à la fabrication des cellules en passant par la transformation des matériaux. Il identifie l’innovation technologique, le recyclage et la diversification des sources d’approvisionnement comme des pistes importantes. L’expansion des capacités de production n’est donc qu’une dimension du développement de la filière. La fiabilité des approvisionnements, l’efficacité d’utilisation des matériaux et le traitement des produits en fin de vie influencent eux aussi la compétitivité à long terme.
Pour suivre l’évolution de la filière, il sera désormais plus utile d’observer les éléments permettant d’évaluer la qualité économique et opérationnelle des projets : disposent-ils d’un usage clairement défini ? Les équipements fonctionnent-ils comme prévu ? Les services rendus au système peuvent-ils être rémunérés durablement ? Les plans d’expansion reposent-ils sur une demande réelle ? La demande globale peut créer des possibilités, mais leur conversion en bénéfices pour chaque entreprise dépend encore de ces étapes. Relier la croissance des volumes de fabrication à une demande effective du côté des usages permet ainsi de comprendre plus complètement la valeur de la filière du stockage.
Notes et sources
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2026-10-16 18:45 · La Conférence mondiale sur le stockage de l’énergie 2026 se tient à Ningde (titre traduit) · MIIT. ↩
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AIE (2024), Les batteries et des transitions énergétiques sûres — Résumé (titre traduit), AIE, Paris, rapport publié le 25 avril 2024. Page principale du rapport ; licence : CC BY 4.0. Globalbole a traduit, extrait et adapté des passages du rapport pour cet article, en y ajoutant une analyse ; les données et les scénarios conservent leurs périodes et champs d’application d’origine. Aucune photographie, couverture ni aucun logo de l’AIE n’a été utilisé. This is a work derived by Globalbole from IEA material and Globalbole is solely liable and responsible for this derived work. The derived work is not endorsed by the IEA or its Member countries in any manner. ↩ ↩2 ↩3
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AIE (2024), Les batteries et des transitions énergétiques sûres — Implications pour les politiques publiques et recommandations (titre traduit), AIE, Paris, rapport publié le 25 avril 2024. Il s’agit du même rapport que celui cité à la note 2 ; la même licence et les mêmes indications concernant l’adaptation s’appliquent. ↩


